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Fuir les cités charbonneuses !

Pour J.J. Royo

" De vos taudis suintant la suie,des entrailles enténébrées de vos cités,de vos galeries de taupes,je vous sortirai !
Vous, en proie au déferlement de fleuves de grisaille et de boue, je vous sauverai des eaux, je vous inonderai d'une crue de lumière.
La nuit de vos cavernes, de vos égouts, étincellera de myriades d'étoiles filantes, de comètes embrasées,
de volcans en furie - je vous éblouirai de mes orages d'éclairs et de foudre.
Je brandirai mon masque de loup aux babines pulpeuses, gouttant de perles cramoisies...
Je gonflerai vos lèvres émaciées d'une liqueur de treille et de fruits rouges - et vos yeux embués se dessilleront devant mes arcs-en-ciel.
Oui! je vous ferai violence....je vous plongerai au coeur de mes tropiques flamboyants,
au coeur des feulements de mes jungles, de mes taillis criards, de ma brousse éclatant des fanfares de tam-tam et de bugles.
Mes frères sauvages ont enduit des peintures rituelles leur visage cuivré.Ils ont préparé le feu de camp pour la cérémonie sacrée,
scandant de rauques mélopées, martelant la terre des esprits au rythme de leurs danses et de leurs transes.
Alors, telle une lune rousse gagnant son territoire d'ombres, un enfant s'avancera vers le totem au milieu de la ronde.
Ses dents gournandes mordront le fruit qui n'est plus défendu - car il est là, l'élu, le Prince, pour déjouer la malédiction de l'univers,
pour transfigurer la face avachie des choses, et le grelot de ses rires sonnera le glas de l'existence exténuée.
Alors le monde agonisant retrouvera son souffle, votre squelette décharné à vouveau se gorgera de sève -
vous troquerez vos loques pour des pagnes de feuilles et des colliers de fleurs,
et les larmes de la pluie effaceront vos pleurs.
Oui! je vous éclabousserai d'une giclée d'allégresse.
Vous laisserez au clou la vieille horloge dérisoire, tout juste bonne à mesurer l'ennui de votre vie exsangue et défaite et,
dans votre batée d'orpailleurs, au lieu de vos trésors de pacotille, vous récolterez de bien autres pépites -
l'éternité, la splendeur d'un soleil neuf. "

Henri Zalamansky